L'ardoisière de Saint-Jacob

Aux Fougerêts, chacun connait le site de l'Ardoisière de Saint-Jacob d'où il est dit que seraient provenues toutes les ardoises qui couvraient autrefois les demeures de la commune.

Le site de l'Inventaire du Patrimoine culturel en Bretagne présente les photos et descriptifs des 6 puits et excavations que l'on peut encore y voir en 2014.

En juillet 1996, la DRIRE de Bretagne a produit un rapport sur l'état de l'ardoisière et de ses différents puits et excavations dans le but d'éclairer sur la mise en sécurité du site et son éventuelle mise en valeur.

Ce rapport propose un descriptif précis du site que nous vous laissons découvrir sur le lien ci-avant.

Il cite néanmoins, à tort, le début du XXème siècle comme période d'exploitation. Or le service de l'Inventaire précise que la seule trace identifiée remonte à l'année 1866, trace que nous avons retrouvée et qui atteste d'une exploitation dès le milieu du XIXème siècle.

Cela signifierait-il que l'exploitation du schiste ardoisier n'aurait commencé qu'au milieu du XIXème aux Fougerêts ? Non, bien sûr, car le chanoine Royer cite dans Les Fougerêts "miettes d'histoire" p. 212 que Monsieur Vallée, propriétaire de la Jouardais, possédait l'exploitation des carrières de Saint-Jacob. Or M. Vallée est décédé le 4 mai 1842. Cette exploitation était peut-être à ciel ouvert avant qu'il soit décidé d'exploiter les veines souterraines. 

Quoi qu'il en soit, nous trouvons déjà dans des descriptifs de la fin du Moyen-Âge que des couvertures d'habitation sont en "pierre d'ardoise". Les extrayait-on à l'époque de Saint-Jacob ou d'autres sites ardoisiers des Fougerêts. Les recherches ultérieures nous en apporteront probablement la réponse.

Le plan repris dans le rapport précité (voir ci-contre) montre l'emplacement des 6 puits. Nous allons nous intéresser plus particulièrement au puits n° 4 qui, selon nous, pourrait être le puits n° 1 dans l'ordre chronologique même s'il est affecté du n° 4 selon l'orientation ouest => est du relevé.

Le puits n° 4

Le puits n°4 d'une dimension de 4,5m x 4,5m présente des parois verticales et un départ de galerie prendrait naissance dans la paroi Nord à 3 mètres de profondeur.

C'est le seul puits pour lequel nous disposons d'éléments d'archives quant à l'autorisation d'exploitation. (Archives du Morbihan - Côte S499). 

Puits n°4 - Photo DRIRE - juillet 1996

Le 7 avril 1866, le propriétaire des carrières d'ardoise de Saint Jacob est un dénommé Eugène René Léonard Rozy. Il est vérificateur des douanes en retraite et habiterait Redon.

Il autorise les frères Jean et Pierre Poirier à exploiter les carrières pour leur compte. 

Le 16 juillet 1866, l'Ingénieur des mines établit le rapport suivant après avoir examiné la cavité de sondage que les frères Poirier ont réalisé :

"L'ardoisière que les sieurs Poirier ont ouverte à St-Jacob dans la commune des Fougerêts a été visitée par un des gardes-mines attachés à mon service le 22 mai 1866. Elle est située dans la parcelle n° 311 de la section B du plan cadastral. L'excavation consistait en un puits dont l'orifice avait 5 mètres de côté, mais dont la section allait toujours en s'agrandissant à partir d'environ 7 mètres au dessous de la surface du sol, de manière qu'à la profondeur de 20 mètres où l'on était parvenu, la section un peu irrégulière avait environ 15 mètres de côté.

Les couches de schiste sont inclinées vers le Nord sous un angle de 20 degrés seulement avec l'horizontale ; leur masse est très compacte, et les angles du puits sont arrondis ; ces dispositions peuvent assurer au puits une grande solidité.

Néanmoins, pour plus de sûreté et en vue de l'extension qu'on pourra donner aux excavations, il est nécessaire d'imposer aux sieurs Poirier l'obligation de réserver des piliers sous le plafond de la carrière. Ces piliers devraient avoir au moins deux mètres de côté et être distants au plus de 8 mètres les uns des autres. Il n'y aurait pas d'inconvénient à ce que les travaux fussent poursuivis sous le chemin qui passe au N(ord) et qui a peu d'importance.

Le propriétaire du terrain a donné l'autorisation d'exploiter dans une pièce qui est jointe au dossier.

Sous les réserves qui viennent d'être indiquées, je suis d'avis qu'il y a lieu d'autoriser les demandeurs à poursuivre leurs travaux.

Rennes le 16 juillet 1866

L'ingénieur des mines : M. Cassien"

Ce document est très interessant en ce qu'il donne des précisions sur les excavations de sondage avant exploitation et aussi sur la nature de la veine de schiste traversant notre commune.

Et le 10 septembre 1866, le Préfet du Morbihan marque son accord pour l'exploitation de la carrière. Il précise de plus que :

  • les travaux ne pourront être poursuivis sous les chemins qui passent autour de la carrière qu'à la profondeur de 10 mètres,

  • le matériel de l'exploitation sera toujours entretenu en bon état,

  • les abords de l'exploitation seront défendus par une clôture solide et efficace d'au moins un mètre de hauteur (!!!),

  • chaque année dans le courant de janvier, les sieurs Poirier seront tenus d'adresser un plan des travaux exécutés l'année précédente,

  • ils ne pourront abandonner, combler ou faire écrouler leur carrière sans avoir fait la déclaration au moins un mois à l'avance,

  • ils se conformeront à toutes les prescriptions ... en vue de la sureté des ouvriers et du public,

  • tous les ouvriers employés tant à l'extérieur qu'à l'intérieur seront munis de livrets.

Nous ne résistons au plaisir de joindre le très joli plan qui accompagnait la demande d'autorisation d'exploitation de la carrière des frères Poirier. On voit clairement que l'emplacement de cette carrière correspond au puits n°4 sur le plan de la DRIRE. Le maire de l'époque était Joachim Fresche.

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